Zemmour – I télé : faux débat

L’arrêt de la participation d’Eric Zemmour au programme d’I télé « Ça se dispute » soulève  au nom de la liberté d’expression un tollé que j’ai bien du mal à comprendre.

Eric Zemmour conserve tout d’abord et que je sache la possibilité de continuer à s’exprimer sur RTL,  Paris Première et dans les colonnes du Figaro.

Il est surtout dans l’ordre des choses dans le monde de la presse qu’on divorce en cas de différend sur une ligne éditoriale. Ce droit est reconnu par le code du travail au journaliste par la clause de conscience qui lui permet de se séparer du titre auquel il collabore avec les avantages du licenciement. (L. 7112-5 3° du Code du travail). Il serait donc particulièrement absurde qu’un média ne puisse lui-même librement se séparer d’un collaborateur qui adopte une ligne éditoriale qui le dérange.

La liberté d’expression qui est une facette de la liberté de conscience – et donc de la clause qui l’assortit – ne peut  pas être un concept à sens unique.

Cachez ce saint que je ne saurais voir.

Jésus Christ, juif fondateur au nom de son Père du christianisme, a été pendant son ministère de 29 à 32 sans domicile fixe, prêchant de Galilée en Judée. Il semblerait que la statuette le représentant bébé salué par les mages puisse elle-même se retrouver  à son tour sans crèche fixe en France, au moins  entre Nantes, Montpellier et Melun.

Saisis par une association de libre penseurs, appuyée par le Grand Orient de France (qui soutient par contre la crèche Baby-Loup mais c’est une autre affaire), les tribunaux administratifs de ces trois villes se sont en effet divisés sur la question de savoir si la crèche est un signe religieux dont il convient de bannir la présence dans les lieux publics.

Nantes a répondu par l’affirmative, Montpellier et Melun non. Crèche ou pas crèche, telle est donc la question.

Le sujet  de la crèche en elle-même est à cet égard  secondaire. Pour certains il s’agit d’un jouet folklorique avant tout destiné à enrichir les fabricants de santons, pour d’autres un symbole païen  que le judaïsme et le christianisme primitif auraient abhorré comme tel, pour d’autres encore  une tradition culturelle aussi digne d’intérêt que la dinde au marron, et pour les derniers enfin un emblème religieux qu’il convient de défendre ou bien d’interdire.  Et on l’aura bien compris, c’est entre les tenants de ces trois dernières propositions que le débat se joue.

Négligeant l’argument  selon lequel Jésus avait quand même recommandé à la samaritaine  de faire fi des symboles et de se contenter d’adorer Dieu en esprit et en vérité, il s’agit avant tout de savoir si la loi française sur la laïcité et les récents textes sur l’interdiction des signes religieux dans les services et dans certains lieux publics peuvent s’accommoder de la petite grange au toit de chaume  et de ses personnages plus ou moins bibliques.

J’avais émis il y a quelque temps l’opinion,  quand le législateur s’en était pris au foulard d’employées musulmanes des services publics, parfois déguisé en simple bandana pour apaiser les esprits chagrins,  qu’il allait se prendre les pieds dans le tapis. Car quand bien même César régit les affaires de César, arrive un moment où il doit réaliser que le religieux est installé en l’homme depuis la nuit des temps, et qu’il va être impossible de l’ignorer. Et le fait est là. Sorti par ce que le gouvernement croyait être la porte, le religieux  revient par la fenêtre pour rappeler à tort ou à raison qu’une crèche vaut bien un foulard, et qu’on ne pourra pas le cacher sous son chapeau, quand bien même ceci semble être le projet du jour: « Cachez ce saint que je ne saurais voir ».

Bon, la suite de cette aventure passera par plusieurs épisodes : cours administratives d’appel, Conseil d’Etat et probablement Cour européenne des droits de l’homme dont on rappellera toutefois qu’elle a déjà dit (Lautsi- 18 mars 2011 n°30814/06) en Grande Chambre du crucifix dans les classes d’école italiennes  qu’il s’agit d’un élément culturel plutôt passif qui n’empêche personne de croire, de ne pas croire, de croire en autre chose ou de faire ses devoirs, et dont l’interdiction ne se justifie pas.

Au-delà de tout ceci, force est de relever que  le débat sur la laïcité en France ne change décidément pas de nature  depuis plus d’un siècle. S’agit-il en toute neutralité de respecter toutes les religions, aussi absurdes seraient-elles, ou de les interdire de Cité ?

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu » dira le bébé de la crèche vagabonde. Méditons cette parole de vérité et cherchons peut-être à savoir ce que Dieu en pense.

 

Loi Macron : pourquoi la grogne ?

Le projet de loi dit « Macron » tendant à la déréglementation de plusieurs professions, et en particulier des professions juridiques, suscite le mécontentement des notaires, huissiers de justice, greffiers des tribunaux de commerce et des avocats aux barreaux  (les avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation étant a priori épargnés) .

En ce qui concerne le métier d’avocat, les raisons sont nombreuses mais on retiendra surtout la crainte de ses acteurs que le projet entame un processus de  perméabilité de  son périmètre réservé  et qu’il remette en cause certains de ses principes essentiels.

L’avocat s’honore,  ce qu’il fait également par son serment,  d’une volonté et d’un statut d’indépendance et  de liberté,  mais aussi  de discipline, d’éthique et bien entendu de compétence, le tout sous la surveillance et la protection des Ordres.

La crainte des avocats est qu’ouvrir peu à peu  et toujours plus leur métier à des intervenants étrangers à cette culture et à ces principes bouleverse la profession, en la « marchandisant » au risque de susciter une forme de  dumping financier, conçu pour attirer l’usager au prix d’ un service de moindre qualité.

Elle est encore que l’institution d’une catégorie d’ « avocats d’entreprise »,  salariés  d’entreprises qui ne fournissent pas elles-mêmes des services juridiques, contrevienne aux éléments consubstantiels du métier d’avocat qui est fait d’indépendance et de liberté, jamais de subordination.

Au point d’ailleurs que pour contourner cette dernière difficulté,  la loi interdirait en fait à ces « avocats d’entreprise » d’exercer la plaidoirie et la représentation de leur employeur. Quelle serait alors leur utilité ? Faire des juristes d’entreprises les titulaires d’un titre, celui d’avocat,  dont ils ne pratiqueraient pas les activités et prérogatives les plus essentielles ?  Une situation pour le moins incompréhensible et difficilement justifiable.

La question reste donc de savoir quel est l’intérêt que la déréglementation du métier d’avocat procurera.

Le gouvernement  nous parle de création d’emplois. Mais on a du mal à l’imaginer.

En effet, la demande juridique ou la demande judiciaire ne changeront pas. Au mieux, elles se déplaceront d’un ensemble de professionnels vers de nouveaux venus. Des emplois seront donc perdus pour être compensés par d’autres. Somme toute, ce sera une opération à compte nul, avec un risque de dégradation des qualifications et donc des niveaux de rémunération…

Cette déréglementation ne convainc donc personne et il n’est pas inutile de rappeler que la Garde des sceaux n’y est quant à elle guère favorable, quand bien même, discipline gouvernementale oblige, elle s’y trouve soumise.

Le projet de loi sera examiné par les chambres. On verra bien ce qu’il deviendra à l’issue des débats.